Blanche ODIN
(Troyes, 1865 – Bagnères-de-Bigorre, 1957)
Mysticité
Circa 1909
Aquarelle sur carton
542 x 775 mm
Signé « Blanche Odin » en bas à droite
Cadre doré à plumes de paon
Blanche Odin est une figure majeure de l’aquarelle française, souvent surnommée « la fée des fleurs » pour sa virtuosité technique et sa capacité à rendre la vie végétale avec une intensité presque spirituelle. L’artiste porte l’aquarelle à un niveau de saturation et de puissance rarement égalé. Contrairement à l’usage traditionnel de lavis transparents et pâles, elle travaillait le pigment avec une force novatrice. Chez elle, la couleur n’est pas une simple couche posée sur le papier, mais une efflorescence lumineuse où l’eau et le pigment fusionnent pour capturer l’essence même du vivant. Originaire de Troyes mais installée à Bagnères-de-Bigorre, Blanche Odin a mené sa carrière avec une indépendance remarquable pour une femme de son époque. Développant une technique audacieuse : l’artiste peignait « dans le mouillé », laissant une part de hasard et d’imprévisibilité guider sa main, comme un dialogue entre la main et le pinceau. Ses compositions (roses, camélias, hortensias) ne sont jamais de simples natures mortes académiques ; par la précision de son trait et la vibration de ses couleurs, elle transforme grâce à son art le périssable (la fleur fanée ou éclose) en une icône d’éternité.
Notre œuvre peut-être datée de l’année 1909 puisque Blanche a été exposée à la Galerie Georges Petit qui lui a consacré une exposition personnelle en janvier 1910 et qui comprenait près de 74 aquarelles. La liste des œuvres de la galerie indique une aquarelle dont le titre corresponds à notre aquarelle : Mysticité, sous le numéro 28. L’aquarelle est également reproduite dans un article de la Revue illustrée daté du 25 janvier 1910, faisant l’éloge de l’exposition et du talent d’aquarelliste de l’artiste. A cette époque, la réputation de Blanche était déjà bien installée : elle remporta de nombreuses médailles dans différents salons ( Salon des Artistes Français, Salon de l’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs, Exposition Universelle, Salon de l’Horticulture, Société des Aquarellistes) ainsi que plusieurs achats par l’état.
Références Bibliographiques :
La Revue illustrée. 25 Janvier 1910. Paris : Revue illustrée, 1910, aquarelle reproduite p.51.
Pierre Sanchez, Les expositions de la galerie Georges Petit (1882-1914), t. IV (Dijon : L’Échelle de Jacob, 2004), p.1479.
Monique Pujo-Monfran, Blanche Odin, lumière d’aquarelle (Paris : Éditions Équinoxe, 2005), aquarelle reproduite p. 52.
Notre aquarelle monumentale est une pièce d’une rare intensité mystique, s’éloignant de son répertoire floral habituel pour se rapprocher davantage du sacré. Représentant une sainte Ophélie dans un état d’abandon total, l’œuvre est baignée dans une atmosphère aquatique et céleste, dominée par des nuances de bleu outremer, de violet et de lavande. Son visage sensuel, encadré d’une chevelure cuivrée auréolée, apparait à la surface de l’eau entourée de lys blancs, symboles de pureté, flottant avec elle. Ses yeux clos et ses lèvres entrouvertes, évoquent à la fois l’extase spirituelle et le sommeil éternel.
Blanche Odin utilise ici sa maîtrise exceptionnelle de l’eau pour créer des effets de transparence. La lumière semble ici émaner du papier lui-même, et la chaleur des cheveux dorés tranchent délicatement avec la froideur mystique des bleus environnants. Les contours flous créent une impression de fusion entre l’être et l’élément. La matière devenant ici une métaphore du passage vers l’invisible…
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