Auguste Raynaud, Jeanne d'Arc en prière, huile sur toile

Auguste RAYNAUD

(Lyon, 1854 – Paris, 1937)

Jeanne d’Arc en prière, Contemplation

circa 1900

Huile sur toile

92 x 66 cm

Signé A.RAYNAUD en bas à droite

L’élégance lyonnaise entre Historicisme et Préraphaélisme

Né à Lyon, Auguste Raynaud incarne cette génération d’artistes à la technique rigoureuse, formée à l’École des Beaux-Arts sous l’égide de maîtres tels que Henri Lehmann et Félix-Auguste Clément. L’artiste expose à la Société Lyonnaise des Beaux-Arts en 1887 puis installe son atelier rue Notre-Dame des Champs à Paris. En 1907, il expose aussi à la société des amis des Arts de Nantes. S’il s’inscrit initialement dans la lignée des portraitistes institutionnels — comme en témoigne sa commande pour la Faculté de Médecine de Lyon en 1885 — son œuvre s’évade rapidement vers des horizons plus oniriques. En effet, l’art de Raynaud ne se limite pas à la toile ; il se nourrit de dialogues intellectuels, notamment avec le poète et chansonnier Camille Roy. Ses illustrations pour l’ouvrage « Chansons et poésies » (1895) révèlent une sensibilité rare. Raynaud déploie une esthétique où le médiévalisme rencontre le lyrisme, installant ses figures dans une atmosphère de recueillement et de mystère. Influencé par le courant Préraphaélite, Raynaud insuffle à ses scènes de genre un symbolisme poétique marqué par une grande finesse d’exécution à l’instar de son tableau intitulé La Nuit, présenté au Salon de 1887 à Paris (Ill.1). Son corpus témoigne également d’une curiosité insatiable pour l’ailleurs vers l’Italie et l’Espagne pour leur lumière et leur héritage antique et le Maroc pour son exotisme et la richesse des textures. Auguste Raynaud est un artiste de la nuance. Entre la précision du trait lyonnais et l’aspiration spirituelle du symbolisme, il propose une vision du monde où la beauté sert de médiateur entre le réel et l’imaginaire. Ses œuvres, devenues rares sur le marché, sont des témoignages précieux de cette fin de siècle où l’art cherchait à capturer l’âme derrière la matière.

La Nuit, Auguste Raynaud
Fussli
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Jeanne d'Arc tableau 19e

Représentant Jeanne d’Arc en oraison dans une église devant l’autel, notre composition est rythmée par des lignes verticales — de la silhouette de la sainte aux lys au premier plan — guidant le regard vers le haut. Ce mouvement ascendant évoque la matière qui s’élève vers l’esprit, un thème central dans l’œuvre de l’artiste. Raynaud fait preuve d’une virtuosité technique exceptionnelle en opposant la dureté froide de l’armure métallique aux drapés brodés et de la tunique ornée de fleurs de lys. La lumière bleutée, douce et diffuse, semble émaner de la ferveur même du sujet plutôt que d’une source extérieure, baignant la scène dans une atmosphère de paix surnaturelle malgré les ruines visibles à l’arrière-plan. Son épée déposée au sol face à ses mains jointes soulignent le renoncement momentané à la force brutale pour une force d’âme supérieure. À l’arrière-plan, l’architecture gothique en ruines s’ouvre sur un azur lointain, suggérant que même au milieu de la destruction, l’espoir et la beauté — cette beauté qui “sauve le monde” — demeurent intacts. Cette œuvre magistrale, véritable pivot dans le corpus d’Auguste Raynaud, illustre avec brio sa transition d’une formation historiciste vers une sensibilité préraphaélite. En choisissant la figure de Jeanne d’Arc, l’artiste ne livre pas seulement une peinture d’histoire de style troubadour, mais une méditation sur les thèmes de la vocation et de la transcendance.

Prix sur demande

Fussli
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