Jean-Georges CORNELIUS
(Strasbourg, 1853 – Ploubazlanec, 1963)
L’Assomption de la vieille Vierge
circa 1930
Technique mixte : gouache, fusain et craie blanche sur panneau de bois
80,6 x 56,8 cm
Signé en haut à droite
Provenance : Atelier de l’artiste (n°12/57) inscription au dos – Exposé au musée de l’Oise de Beauvais en 1995 du 24/05 au 15/09, puis au musée de la Citadelle de Villefranche sur Mer du 15/12/1996 au 02/02/1997
« Un artiste qui a su maintenir tout au long de sa vie un équilibre entre l’authenticité du sentiment et l’expressivité de la forme et qui nous offre un œuvre à la poésie rude, un œuvre qui sonne juste » Pierre Rosenberg.
L’Assomption de la vieille Vierge, signée du peintre mystique français Jean-Georges Cornélius, revisite de manière radicale le dogme marial. Au lieu du triomphe classique d’une jeune Vierge céleste, Cornélius représente Marie comme une femme âgée au visage ravagé par l’épreuve terrestre. Les formes étirées et le cerne sombre soulignent l’influence de Georges Rouault et de l’expressionnisme mystique. La composition élève la chair fatiguée et la souffrance vers la grâce, incarnant la théologie du salut par la douleur chère à l’artiste. Le visage marqué de la « vieille Vierge » nous rappelle la réalité matérielle de l’Incarnation. La grâce ne vient pas effacer la trace du temps ou de la douleur terrestre, elle vient la transfigurer. Le traitement de la figure, très étirée, exprime le mouvement de l’âme et de la matière qui s’élèvent vers le spirituel. Les mains décharnées et le regard fermé traduisent un abandon mystique absolu. Notre œuvre à la technique graphique mixte incarne parfaitement la vision théologique du peintre : la beauté divine ne réside pas dans l’idéalisation plastique, mais dans la rédemption de la chair meurtrie et la promesse d’accueil céleste. Sur le plan artistique et biographique, L’Assomption de la vieille Vierge s’inscrit dans la période de maturité spirituelle de Jean-Georges Cornélius, principalement développée entre le milieu des années 1920 et la fin des années 1940.
Né à Strasbourg d’une mère peintre, Cornélius se forme à Paris auprès de figures majeures du Symbolisme et de l’Académisme, notamment Gustave Moreau, Luc-Olivier Merson et René Ménard. Converti au Catholicisme en 1910 sous l’influence de Georges Rouault et de Léon Bloy, Cornélius développe une peinture religieuse profondément dramatique, incandescente, quasi expressionniste. Le symbolisme de Cornélius n’est pas celui, apaisé, d’un Maurice Denis. Cornélius ne veut témoigner que d’une chose : son rapport au divin. Qualifié de « peintre gothique », son sens du cadrage, du hors-champ et de la composition focalisent l’œil du spectateur sur le sujet. Au fil des ans, son style s’épure, il se concentre sur les humains, abandonnant peu à peu les arrière-plans. Après la traumatisante expérience de la Première Guerre mondiale, Cornélius tourne le dos au milieu artistique parisien et demeure périodiquement en Belgique. Pour Cornélius, la peinture sacrée des années 1930-1940 répond au désarroi d’un monde en crise morale. Il cherche à redonner une épaisseur charnelle aux dogmes. Le contexte poétique et théologique sous-jacent porte l’idée que le Salut ne s’adresse pas à des figures idéalisées, mais à l’humanité réelle, marquée par les rides et les épreuves de la terre. Dans les années 1930, il s’installe en Bretagne (notamment à Ploubazlanec). C’est dans ce cadre insulaire et rude qu’il peint l’essentiel de ses œuvres mystiques sur des panneaux de bois. Le contexte de création est celui d’une vie guidée par la prière, le travail manuel et la méditation.
PRIX SUR DEMANDE
Bibliographie :
Levasseur, Olivier, Jean-Georges Cornélius : un primitif du XXᵉ siècle, Éditions Apogée, 2009 (ISBN 978-2-84398-321-4)
Musée de l’Oise / Musée des Jacobins de Morlaix, Jean-Georges Cornélius (1880-1963), catalogue des expositions rétrospectives (1993, 1995).