Henri LEHMANN
(Kiel, 1814 – Paris, 1882)
Louise aux cieux, entourée d’un choeur d’anges
1857
Encre brune, plume, lavis brun et rehauts de gouache blanche sur papier chamoisé
diamètre sujet 255 mm, feuille 335 x 295 m
Monogrammé « HL » et daté « août 1857 » au centre
Annoté « Henri Lehmann» en bas à droite
Meilleur disciple d’Ingres, le classicisme d’Henri Lehmann se manifeste par la primauté du dessin, la pureté du contour, la précision du modelé, l’équilibre de la composition. Mails il est aussi un romantique. Peintre d’origine allemande, Lehmann avoue volontiers son atavisme germanique et une parenté avec l’école des Nazaréens, dont les préoccupations spirituelles rejoignent cette des élèves d’Ingres.
Notre dessin est un hommage à Louise Lehmann, ici représentée en angelot. L’enfant ailé représentée au centre de notre dessin est en effet la propre fille de Lehmann. Ces deux enfants moururent entre trois et quatre ans, victimes du croup à quelques mois d’intervalle, d’abord Louise en 1857 suivie de Léonie en 1858, laissant le peintre inconsolable.
Œuvre en rapport : étude de deux petites filles en angelot, crayon, conté avec rehauts de blanc sur papier chamoisé, 364 x 271 mm. Historique : fonds de la famille de l’artiste, Paris, collection privée.
Bibliographie : Marie-Madeleine Aubrun, Franck Folliot, Roselyne Hurel ; Catalogue d’Exposition du musée Carnavalet, 7 juin – 4 septembre 1983, Henri Lehmann (1814-1882) Portrait et décors parisiens, p.46, cat. 9.
Dans cette composition circulaire en tondo, Henri Lehmann livre une œuvre d’une profonde intimité, mêlant la rigueur néoclassique apprise chez son maître Ingres à une sensibilité nazaréenne. Le dessin représente, selon la tradition familiale, la fille de l’artiste précocement disparue. Elle occupe le centre de la scène, transfigurée en un ange aux ailes délicatement déployées. Assise sur une nuée vaporeuse, elle tient entre ses mains des fleurs — symbole de la brièveté de la vie et de la pureté — qu’elle semble répandre sur le monde d’en bas. L’enfant est entourée d’un chœur céleste : à gauche un ange musicien accorde un luth, évoquant l’harmonie divine. À droite, un groupe de figures angéliques, dont une jouant de la harpe, observe l’enfant avec une bienveillance empreinte de solennité. En partie supérieure, une guirlande de putti s’ébat dans les nuages, renforçant la dimension spirituelle et sacrée de la scène.
La technique est caractéristique du raffinement de Lehmann. L’utilisation du papier teinté permet de faire vibrer les rehauts de blanc, qui confèrent aux personnages une luminosité surnaturelle. Le trait est d’une précision extrême, tant dans le modelé du visage de l’enfant, dont le regard direct interpelle le spectateur, que dans le drapé des tuniques. Ici, la douleur du deuil paternel est sublimée par l’art : la figure charnelle de l’enfant décédée n’est plus une absence, mais une présence lumineuse qui a achevé son ascension, lui offrant l’immortalité de l’icône.