Paul TROUBETSKOY
(Italie, Intra, 1866 – Pallanza, 1938)
Portrait de jeune femme de profil
1909
Crayon, estompe
289 x 219 mm
Signé et daté « Paul Troubetzkoy 1909 » en bas à droite
Provenance : collection privée
Fils du prince et diplomate russe Pierre Troubetzkoy et de la pianiste américaine Ada Winans, Paul Troubetzkoy se forme à la sculpture en Italie, à Milan, auprès de Giuseppe Grandi. Il mène une carrière internationale, entre l’Italie, la France, la Russie et les États-Unis et appartient aux cercles artistiques et aux élites cosmopolites de la Belle Epoque. Ami des artistes, des hommes de lettres comme des célébrités du cinéma nais-sant, il défend la cause animale avec ferveur. Le Rodin russe, comme il est souvent surnommé, est l’auteur de nombreux bustes d’artistes et de personnalités, dont Robert de Mon-tesquiou, Léon Tolstoi, Giovanni Segantini, Anatole France, George Bernard Shaw, Gabriele d’Annunzio parmi d’autres. Ses sculptures sont souvent qualifiées d’impressionnistes du fait de leurs formes fluides, volontairement non finies, et des empreintes laissées dans la matière par l’artiste, qui s’efforce de capter lumière, mouvement et émotions. Troubetzkoy, qui a aussi réalisé de beaux portraits peints, connait bien ses contemporains peintres, notamment Giovanni Boldini, dont les portraits de Robert de Montesquiou et de la marquise Luisa Casati n’ont pu manquer de l’influencer. Montesquiou écrit ainsi au sculpteur à propos du peintre : « C’est qu’une même somme d’influx nerveux a passé dans son pinceau, comme dans vos ébauchoirs, pour leur faire traduire et fixer, aux uns comme aux autres […] des mouvements trouvés qu’on aurait rêvés; des attitudes exceptionnelles, naturelles pourtant ; des expressions recherchées en même temps que véridiques [..]”. » A l’instar de Boldini, Troubetzkoy est considéré comme un véritable interprète de la vie moderne et c’est particulièrement sa capacité à restituer, en trois dimensions, le rôle des femmes et de la mode dans la modernité que remarque et apprécie Montesquiou, ainsi que d’autres commentateurs.
Ses dessins, héritiers de la technique impressionniste eux-aussi, parviennent à créer le volume et la lumière à partir de traits rapidement tracés, sans contours réels. Ici, il s’agit d’un profil de jeune femme au chignon qui, malgré l’absence de l’instrument, semble être en train de jouer du piano, les bras vers le bas, le regard fixé devant elle, comme pour déchiffrer une partition. Son identité demeure inconnue mais la signature et la date portées en bas à droite laissent penser qu’il s’agit d’un dessin offert par l’artiste à l’un de ses modèles plutôt qu’un portrait de son entourage proche, qu’il n’aurait probablement pas signé
À cette époque, la plupart de ses modèles sont des femmes de la haute société telles que Gertrud Vanderbilt, la princesse Anna Maria Borghese, madame Felix Decori, ou la baronne Robert de Rothschild, mais Troubetzkoy représente aussi plusieurs fois des femmes moins connues, dont sa belle-sœur Angelina. Il est difficile de savoir si ce beau profil au nez fin et légèrement busqué appartient à l’une d’entre elles.